Les romans

Du domaine des Murmures

de  Carole Martinez

Histoire

“En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire “oui” : elle veut faire respecter son voeu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe… Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l’entraînera jusqu’en Terre sainte.”

Mon avis

Cette lecture remonte déjà a quelques mois, mais j’avais été très remuée par celle-ci. L’écriture magnifique adoucit un peu la dureté de cette plongée au temps des croisades. L’autrice a merveilleusement réussi à traduire la pensée d’un autre temps et c’est particulièrement évocateur. Une époque où de nombreuses choses inexpliquées le sont par la religion ou les légendes. Un monde de murmures où les femmes n’ont d’autres choix pour échapper au mariage et pour garder leur liberté de penser que de se tourner vers la réclusion des monastères.

Le plus difficile étant finalement la beauté et la douceur du style de l’autrice, comparé aux faits décrits… le tout teinté de cette forme de magie propre à l’époque médiévale…

Un temps de légende où tout est encore possible, des légendes de Mélusine aux créatures de la nuit qui murmurent dans les murs.  C’est ce qui est le plus remarquable dans ce roman, c’est qu’autant, elle nous donne une image de ce passé lointain, de sa cruauté, de sa dureté et de sa folie, autant elle nous met aussi face à une façon de penser que nous avons perdue mais qui, par certains cotés, a étriqué  notre monde. Là où l’on pouvait y voir des esprits, de la magie, nous ne voyons plus que leur aspect tangible, un arbre aux feuillages bruissant dans le vent plutôt qu’une nymphe. Un aspect presque nostalgique et énigmatique qui est très bien retranscrit par l’introduction qui se passe dans notre présent…

D’ailleurs, il ne vous est jamais arrivé, lors d’une visite dans un lieu d’Histoire, dans des ruines, d’imaginer ou d’entendre quelque chose ? De laisser vaquer votre imagination pour poser dans ce décor des personnages réels ou imaginaires ? Moi, personnellement, c’est quelque chose que j’apprécie grandement. C’est un peu ça, la magie de l’Histoire.  

Madeleine after Prayer, detail (1868). Daniel Maclise (1806–1870). 19th-century Pre-Raphaelite art.

Quelques extraits marquants

 

Qui se serait égaré à questionner une jeune femme, fut-elle princesse, sur son vouloir ? Paroles de femme, n’était alors que babillages. Désirs de femme, dangereux caprices à balayer d’un mot, d’un coup de verge”

“Mon temps aimait les vierges. Je savais ce qu’il me fallait protéger : mon vrai trésor, l’honneur de mon père, ce sceau intct censé m’ouvrir le royaume celeste”

“Sa femme, aussi frêle, docile et muette fût-elle, lui conférerait une nécessaire épaisseur, celle des bâtisseurs de lignées. […] Ma matrice le projetterait dans l’avenir, il labourerait ma chair comme il faut pour que sa gloire pût s’y enraciner, pour que sa descendance fût forêt, beaux garçons qui, prenant sa suite, porteraient son nom, abriteraient son sang, sa mémoire, sa gloire pour les siècles des siècles […], Je ne serais qu’un pudique récipient que les grossesses successives finiraient par emporter. […] Comment échapper à cette destinée sinon avec l’aide du Christ ? Christ était puissant dans l’esprit des femmes de mon temps. Lui seul pouvait tenir les hommes en échec et leur arracher une vierge”.

Couverture Poche

Peintures :  

1. Enid et Geraint d’Arthur Hughes

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