Princesses oubliées ou inconnues

L’album « Princesses oublies ou inconnues » : de la création à la réception

 

L’histoire d’une création

 ———-En 2003 Philippe Lechermeier, en quête d’un éditeur, envoie par la poste un manuscrit aux éditions Gautier-Languereau. L’éditeur séduit par l’inventivité du scénario, propose dès 2003 à Rebecca Dautremer d’illustrer le recueil, mais celle-ci refuse, peu inspirée par la thématique et craignant un livre « rose-bonbon ». Il faut toute la persuasion de l’éditeur pour qu’elle reconsidère la question. Quand le projet est enfin lancé, une véritable coopération entre l’auteur et l’illustratrice se met en place. Tout l’univers évolue au fil de leurs idées. Pour Rebecca Dautremer c’est une première expérience d’échange avec un auteur, Philippe Lechermeier écrivant volontiers sur des princesses inventées et portraiturées par l’illustratrice. En automne 2004, l’album est fini ou presque. Malheureusement,  l’éditeur redoute un échec commercial, il pense que la parodie et le ton décalé de l’album ne seront pas bien reçus par un public gavé de princesses en « froufrou rose » et autres beautés Disneyennes. Il revoit le tirage à la baisse. C’est un grand album (28x31cm.) de 92 pages colorées et magiques qui arrive dans les bibliothèques et les librairies francophones en novembre 2004. Le succès est immédiat : dix jours après sa sortie, les stocks sont épuisés.

  Auteurs, critiques et double lectorat

  ———-Nous n’avons, hélas, pas trouvé d’entretien où Philippe Lechermeier expose sa manière de penser l’écriture dans l’album pour enfants et le double lectorat. Nous nous contenterons donc de l’avis de l’illustratrice, ainsi que de quelques critiques que nous avons choisies pour leurs références au double lectorat.

 ———-Dans un entretien paru dans la revue Etape de février 2007, Rebecca Dautremer dit : «Évidemment, quand on sait que les livres vont être lus par des enfants, on fait plus attention. J’essaie de mettre en place plusieurs niveaux de lectures, de faire des clins d’œil aux adultes,… »[1].  Dans une autre entrevue publiée sur le site Ricochet[2], elle dit insérer volontairement des références visant directement son public adulte qu’elle sait majoritaire. Et ce pour une raison très personnelle qu’elle évoquera dans cette même interview : étant mère de trois enfants, elle lit souvent des albums et avoue s’y ennuyer parfois énormément. C’est ainsi qu’en pensant à son ennui, qu’elle a voulu éviter cela aux parents qui devraient lire en boucle ses livres. Elle réalisera ainsi toujours plusieurs niveaux de lecture ainsi qu’un nombre important de clins d’œil.

 ———-Nous n’avons actuellement que peu d’informations mises à part ces deux entretiens de Rebecca Dautremer. C’est donc vers les critiques que nous allons nous tourner. L’album séduit les enfants et leurs parents mais également un lectorat adulte plus large. Il suffit de lire les critiques pour se convaincre de l’intérêt profond engendré par l’album et ses Princesses.

 Pour commencer, Frédérique de Craene écrit sur le site Parution.com[3] :

« (…) Le texte est original, parsemé de surprises et de cocasseries. Le style est tantôt poétique, métaphorique ou humoristique. Les illustrations sont féeriques ; elles suggèrent le mouvement, l’enchantement, l’extraordinaire. Elles accompagnent et complètent merveilleusement bien la «fiche technique» de chaque princesse. La plupart des princesses ont des liens de parenté avec des personnalités de contes très célèbres (…). La richesse et l’abondance des inventions farfelues rendent ce livre passionnant et étonnant. Chacun s’approprie ou s’identifie à une princesse. Les rêves d’enfants resurgissent ou prennent forme (…). ».

 

  ———-Cette dernière phrase pourrait à elle seule définir l’album Princesses et la notion de double lectorat, enfants et adultes y trouvent un univers, à construire pour les uns, à reconquérir pour les autres.

 Nous continuons avec une critique de Céline Laflute[4] du site Evene:

« Rebecca Dautremer et Philippe Lechermeier nous invitent d’entrer de jeu à « farfouiller » dans cette petite encyclopédie des ‘Princesses oubliées ou inconnues’. En effet, il n’est aucunement question ici des princesses archi-célèbres que nous connaissons déjà par cœur même si certaines font l’objet d’allusions comme la Belle au Bois dormant. L’ouvrage est conçu sous forme de constants renvois de pages pour approfondir des notions ou des personnages traités à un endroit et mentionnés à d’autres. Le livre joue le jeu jusqu’au bout avec de savoureuses annexes finales dont un index, un guide pratique, un lexique, une bibliographie, etc. Judicieuse idée que cet album qu’on peut qualifier de collection,  tant il est resplendissant visuellement. Dautremer et Lechermeier nous introduisent dans un univers qui ne nous est pas totalement inconnu tout en allant plus loin et en repoussant sans cesse les limites de l’imagination. Les portraits poétiques des princesses magnifiquement illustrées alternent avec des éléments constitutifs de leur monde enchanté et enchanteur. On apprend des détails insolites sur les différentes variétés de graines de princesses, les confidentes, une définition et un croquis du lit à baldaquin, ou encore que la mode cette année est à la traîne courte ! On trouve aussi des dessins légendés comme celui de l’éléphant apprêté pour faire voyager les princesses. Les auteurs mettent leur grain de sel partout, renouvelant le thème, créant des ramifications nouvelles et de joyeuses distorsions. Ce livre interactif et aux multiples facettes réjouira autant les parents que les enfants ! »

 ———-L’album est représenté comme quelque chose de sérieux, un simulacre d’encyclopédie, avec ses définitions, ses notes et ses références. Les portraits des princesses sont tout droit sortis de la galerie des princesses de Rennes et sont considérés par beaucoup comme des œuvres à part entière, l’album devient livre d’art. Céline Laflute met également en avant le fait que le sujet est familier à l’adulte, voire à l’enfant ayant déjà découvert les contes ou du moins les films de Walt Disney. Comme si les auteurs nous avaient laissé des petits cailloux blancs comme autant de figures emblématiques des contes anciens, ponctuant un nouveau chemin boisé d’imaginaire et de folklore moderne.

 

Pour finir, Nathalie Riché[5] parle de l’album en ces mots :

 « Il était temps que la vérité soit faite sur les princesses. Ces précieux êtres fragiles, abreuvés des années durant à la sauce Walt Disney, se révèlent uniques, foutraques, mystérieux et humains. Que ces demoiselles soient Capriciosa un rien chochotte, Fatrasie au langage vert à insulter une armée, De la Molle alanguie sur son baldaquin à ailes de libellules, Mathûvû, à la chevelure et à la réputation scandaleuses, Von Badaboum, miss catastrophe, ou Papagnasse du Péloponnèse, amie des Titans: toutes occupent une place de choix dans le très beau texte de Philippe Lechermeier. Les illustrations sont réalisées par Rébecca Dautremer, (…). La finesse de son dessin, la subtilité de ses couleurs, son souci du détail dotent ses princesses d’un imaginaire empreint d’humour et de rêverie. Un album à contempler à la recherche de sa souveraine préférée. Vous avez dit «Miroir?»… ».

 ———-Les personnalités des Princesses interpellent, elles sont différentes de ce que nous avons l’habitude de voir et de lire. Parmi les nombreux clichés qui envahissent le mot « princesse », la comparaison est faite : Walt Disney serait celui qui a donné une image aussi mièvre aux princesses des contes, mais c’est également lui qui les a propulsées dans la culture de masse moderne, permettant une nouvelle jeunesse aux vieux contes européens et à ses personnages emblématiques : Belle, la Princesse au petit pois, la Belle au bois dormant, Cendrillon. Si à présent conte a tendance à  rimer avec enfance, il n’en fut pas toujours le cas. Les Princesses de Lechermeier et Dautremer permettraient-elles aux adultes de renouer avec les contes et leurs personnages hauts-en-couleurs  par le biais de nouvelles princesses aux allures plus actuelles, dépoussiérées de leurs clichés ? L’intérêt des adultes pour ces princesses montrerait-il cette soif d’enfance et de nouveaux rêves ? Ce qui est sûr, c’est que les jeunes filles de minuit ont encore de belles années devant elles, qu’elles soient borgnes ou en robe à crinoline.

 

 

[1] CORCORAL, Stéphanie, FLETCHER, K. et MORVANDIEU, Petit Panorama de l’illustration jeunesse dans étapes, Paris, Février 2007, p. 27-42.

[2] Gaëlle Perret, Entretien avec Rebecca Dautremer, (en ligne), Ricochet, 2006 (ref. 26/12/07), disponible sur  http://www.ricochet-jeunes.org/entretien.asp?id=119

[3] DE CRAENE, F., Abracadabra…vous êtes une princesse!, (en ligne), Parution.com, Mars 2005 (réf. 30/04/08), disponible sur Parution.com 

[4] LAFLUTE, C., Princesses oubliées ou inconnues…, (en ligne), Evene, 2004 (ref. 30/04/08), disponible sur http://www.evene.fr/livres/livre/philippe-lechermeier-et-rebecca-dautremer-princesses-oubliees-ou-17467.php   

[5] RICHE, N., Princesses secrètes, (en ligne), Lire.fr, 2005 (ref. 30/04/08), disponible sur http://www.lire.fr/critique.asp/idC=47735/idR=223/idG=1    

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6 thoughts on “L’album « Princesses oublies ou inconnues » : de la création à la réception

  1. Bonjour,

    Je suis enseignante de CM1. Nous avons actuellement un projet de « lecture échange » inter-écoles et un des auteurs étudiés est Philippe Lechermeïer. Certains de ses ouvrages sont analysés plus en détails comme par exemple « Princesses oubliées ou inconnues… » D’où mon intéret pour votre travail.
    En vous remerciant par avance de me laisser accéder à votre analyse, je vous présente mes sincères salutations
    Sylvie Baud-Stef

  2. Bonjour,
    Je suis enseignante en grande section.En mettant en place un projet en littérature autour des princesses, je suis tombée par hasard sur ce magnifiques ouvrage des princessses oubliées ou inconnues. Aussi je serai très intéressée par l’analyse que vous en avez faite, aussi bien pour ma classe qu’à titre personnel. Je vous remercie d’avance pour le partage de votre travail. Cordialement
    Stéphanie

  3. Bonjour,
    Je souhaite trouver quelques photos/dessins de la princesse Fatrasia pour ma fille de 11 ans. Elle a lu le livre chez une copine et voudrais que je lui imprime quelques dessins pour sa chambre.
    Merci d’avance.

  4. Bonjour

    Enseignante en lp et en formation littérature jeunesse, j’ai déjà travaille sur les illustrations de R.Dautremer (Alice au pays des merveilles) et je serai donc très interessée par votre analyse. En vous remerciant d’avance.

    Véronique Laboubé

  5. Bonjour !
    Je suis désolée du retard de ma réponse, mais je ne passe plus très souvent par ici !
    Si jamais vous êtes toujours intéressée par l’analyse, je vous l’enverrai évidemment.

    Cécile.

  6. Bonjour,
    Etudiante, je Souhaite monter un projet pédagogique sur cet album avec une classe de CM2 sur le personnage et son identité. je suis tombée sur votre analyse qui m’aiderait à construire ce parcours. Je vous remercie par avance
    Cordialement

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