Posted by on Oct 16, 2015 in Ecouter - La Source Opiall, Tout | 0 comments

Cette année, j’ai eu l’occasion de travailler sur une exposition dans le cadre de mon travail au musée. Par chance pour mon coté perfectionniste, j’ai pu la réaliser et la concevoir de A à Z. Evidemment, réaliser seule un tel projet n’est pas une mince affaire … et n’a pas été sans conséquence (une « petite » tendinite ?).

Le sujet est aussi lointain de la fantasy, du merveilleux que de l’album de jeunesse, pourtant, il m’a passionné. Mais quel est-il ?

« La vie en chansons »

Qu’est ce qui se cache derrière ce titre ?

Viens, Poupoule !, Viens, Poupoule ! viens !
Quand j’entends des chansons
Ca me rend tout polisson
Ah !
Viens, Poupoule !, Viens, Poupoule ! viens !
Souviens-toi que c’est comme ça
Que je suis devenu papa.

Felix Mayol

Je devais travailler sur la guerre 1914-1918, dans le cadre du centenaire. Et j’ai choisi cet angle de vue plutôt atypique.

Il faut savoir qu’à la fin du XIXème siècle, la musique est très présente dans la vie des peuples, qu’il s’agisse des musiques et chansons issues de la culture du colportage dans les campagnes, de la diffusion de la culture des orphéons et fanfares dans les zones ouvrières ou encore de la culture des musiciens itinérants et des cafés concerts des villes. La musique est le moyen par excellence de commenter l’actualité, de se raconter des histoires d’amour ou des histoires sordides, de mettre en garde, de râler sur l’augmentation des prix du sucre ou du pain, ou encore de crier son amour inconditionnel pour la patrie, tous les sujets imaginables peuvent se trouver dans ces chansons, diffusées alors sur des feuillets de petites tailles et vendus à quelques centimes dans les kiosques à journaux. Beaucoup de gens pratiquent la musique, dans chaque famille; il y a forcément une personne qui s’en tire mieux que les autres et qui pourra égayer la fête dominicale.  C’est un mode de vie et de pensées qui disparaîtra à la fin de la guerre.

Les recherches

Viens, Poupoule !, Viens, Poupoule ! viens !
Ce soir je t’emmène … où ?
À la cabane bambou
Hou !
Viens, Poupoule !, Viens, Poupoule ! viens !
Et l’on danse plein d’entrain
La « polka des trottins »

Felix Mayol

Ainsi, ma « mission » était de retrouver des chansons, d’avant guerre mais aussi pendant la guerre et d’y analyser, d’y comprendre ce qui se dégageait de la pensée des gens de cette époque. A travers les paroles, se dessinaient, en effet, la vie quotidienne, les valeurs d’un autre temps.

Evidemment, il a fallu retrouver des feuillets, ces documents périssables qui se retrouvent dans les archives ou dans les greniers sans qu’on le sache. Il a fallu me familiariser avec ce domaine, lire de nombreux ouvrages… Et écouter. Au final, en condensé, je crois y avoir presque passé autant de temps que pour mon mémoire en son temps.

A coté de ça, j’ai fureté, cherché ce qui allait pouvoir illustrer mes propos. Il y avait bien sûr les partitions, souvent illustrées, mais aussi… Les cartes postales, cet autre vecteur de la culture populaire était sans doute ce qui se rapprochait le plus de cette chanson populaire. Toutes deux médias de masse, toutes deux assez mal perçues et considérées à l’époque comme des pauvretés d’esprit. Ce sont ajoutés à cela photographies d’époques et affiches de spectacles.

J’ai également voulu associer à chaque thématique, une chanson dont on possède toujours une version enregistrée. Car rien ne vaut l’écoute de ces voix d’un autre temps et de leur interprétation de leur musique pour se téléporter instantanément dans un café concert ou dans un camp militaire.

L’écriture et la réalisation de l’exposition

Quand Madelon vient nous servir à boire
Sous la tonnelle on frôle son jupon
Et chacun lui raconte une histoire
Une histoire à sa façon
La Madelon pour nous n’est pas sévère
Quand on lui prend la taille ou le menton
Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire
Madelon, Madelon, Madelon !

Bach

Ensuite, quand toutes ces recherches furent finies, il a fallu écrire, plus de 80 pages pour synthétiser et concrétiser tout cela. Un texte qu’il a fallu ensuite illustré, mettre en page et lui donner vie sur une série de 39 panneaux thématiques afin de transmettre au mieux ce sujet… Un sujet difficile à appréhender et à comprendre en premier lieu, mais pourtant si naturel quand on vous l’explique et surtout, que l’on entend les voix et les paroles de ces chansons oubliées.

J’espère pouvoir, peut-être, en faire une publication. Un beau livre illustré… Je ne sais pas quand j’aurai le temps et comment, mais c’est un sujet tellement méconnu et assez mal aimé, malheureusement des musicologues que… ça en vaut la peine !

 

Conclusion ?

Elle est belle, elle est mignonne,
C’est un’ bien jolie personne,
De dedans la rue on peut la voir
Qu’elle est assis’ dans son comptoir.
Elle a toujours le sourire,
On dirait un’ femme en cire
Avec-que son chignon qu’est toujours bien coiffé,
La belle caissière du Grand Café.

Bach

Au final, les sujets de conversation de ces personnes n’étaient pas bien différents des nôtres. Je dirais même que se retrouver face à ces mots, c’est briser des barrières temporelles, c’est retrouver une vision de ce début du XXème moins poussiéreuses, plus humaines, plus drôles  et touchantes.

C’est un monde haut en couleurs, entre les rires et les soies de la Belle Epoque, son iconographie et ses rêves, le tout chamboulé par l’arrivée terrible d’un conflit sans précédent qui va réinventé à jamais un mode de vie et de culture. La musique de la guerre ne se limite pas à la propagande et aux marches militaires encore bien connues de nos jours, ce ne sont que celles qui sont restées dans les ouvrages officielles et que l’Histoire a retenues.

Je pense que je publierai ici l’une ou l’autre des thématiques, pour tout simplement faire découvrir un peu de ce sujet.

N’hésitez pas à m’en parler ici ou ailleurs si cela vous intéresse !

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