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Littérature de jeunesse : l’utilisation et le rôle du stéréotype

 ———-Dans le conte, la majorité des personnages sont archétypaux, ce qui signifie qu’ils correspondent à des modèles, des images originelles qui appartiennent à l’inconscient collectif. Elles peuvent s’intégrer aussi bien dans les mythologies que dans les contes. C’est le cas par exemple de l’archétype de la dévoration personnifié dans la tradition populaire par le loup, l’ogre ou la sorcière. Ainsi, il est généralement acquis avant même de commencer un conte, que tel personnage est le héros et tel autre, le méchant sans cœur puisqu’ils ont tous deux les caractéristiques qui correspondent à leur archétype. Aujourd’hui, de nombreux  auteurs s’emparent de ces préjugés et les détournent pour conduire le lecteur loin des sentiers battus. En littérature de jeunesse, le terme stéréotype est préféré par les chercheurs, plus vaste, il s’inscrit dans une société et une culture propre.

 ———-Selon Hans Robert Jauss, tout texte qui paraît s’inscrit toujours dans un horizon d’attente :

« Le rapport du texte isolé au paradigme, à la série des textes antérieurs qui constituent le genre, s’établit (…) suivant un processus (…) de création et de modifications permanentes d’un horizon d’attente. Le texte nouveau évoque pour le lecteur (…) tout un ensemble d’attentes et de règles du jeu avec lesquelles les textes antérieurs l’ont familiarisé et qui, au fil de la lecture, peuvent être modulées, corrigées, modifiées ou simplement reproduites[1]. »

 ———-Comme évoqué dans la citation précédente, les genres littéraires et les stéréotypes sont étroitement liés, c’est en effet par la répétition d’une structure, de motifs littéraires ou par la création de personnages types que vont naître peu à peu des genres définis : le roman d’aventure, l’épopée fantastique, la fable, le roman policier, etc. D’une œuvre littéraire à une autre, les auteurs vont se servir de ces stéréotypes afin de s’inscrire dans un horizon d’attente. Grâce aux genres, le lecteur est à peu près sûr que l’histoire qu’il va lire correspond, dans les grandes lignes, à ce qu’il attend de lui.

 ———-En outre, le stéréotype a un rôle dans l’apprentissage de la lecture, de la même manière que la redondance est primordiale dans le processus cognitif, ce qui rejoint ainsi notre point A-2. En apprivoisant les structures ou les personnages, le jeune lecteur instaure une relation de connivence avec eux. Il est amené à les reconnaître, à les comparer, à les apprécier. Ce qui facilite évidemment la compréhension des textes. Le lecteur est déjà familiarisé avec la diégèse, ce qui simplifie le travail de l’auteur qui peut aborder sa fiction sans se préoccuper de détails d’explications et de présentations éventuelles[2]. Il faut ajouter à cela le rôle de l’intertextualité et de la transmédiation dans la propagation des stéréotypes à travers tous les médias, ils ne sont plus cantonnés à la littérature de jeunesse mais prennent forme aussi bien au cinéma qu’à la télévision que dans les jeux vidéos ou les jouets des jeunes lecteurs[3]. Pour Nathalie Prince, il n’y aura plus vraiment de commencement absolu ou de solution de continuité au sein de la littérature de jeunesse, ce processus poétique de continuité ainsi que les évocations stéréotypiques offriraient une sorte de cohérence interne, « un grand livre à systèmes, ouvert à toute interaction[4]… ».

 ———-Cette littérature stéréotypique va engendrer des codes, des références et des automatismes poétiques perceptibles uniquement par les lecteurs familiarisés. De la sorte, la stéréotypie des uns, va ainsi devenir l’hétérotypie des autres : l’utilisation de ces références va provoquer une fermeture du lectorat, laissant de coté ceux qui ne pourraient pas comprendre la culture évoquée. Une restriction qui se met naturellement en place dès lors que l’on fait appel à une culture spécifique. C’est ce que Mathieu Letourneux appelle la poétique de l’endémie.

 


[1] JAUS, Hans Robert, Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, 1978, p. 50-51

[2] Par exemple, l’amateur de roman Fantasy est déjà familiarisé avec l’univers médiéval-fantastique et n’a pas besoin qu’on lui explique ce qu’est un magicien ou un dragon.

[3] Voir le point Culture de jeunesse et transmédiation.

[4] PRINCE, Nathalie, Introduction in La littérature de jeunesse en question(s), Rennes, PUR, 2009, p. 19.

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