Le double lectorat

Le rôle des adultes dans la création du double lectorat

Les créateurs

Le fait que l’adulte soit le créateur des œuvres de littérature de jeunesse n’est pas sans conséquence - comme nous avons pu le voir dans l’introduction. L’auteur va vraisemblablement s’inspirer de sa propre enfance, de ses souvenirs vivaces et de ses passions de jeunesse : tout ce bagage qui va lui permettre de composer une sorte de langage bilingue « mi-enfant, mi-adulte ». De nombreux créateurs ont rendu hommage à leur enfance à travers des ouvrages comme c’est le cas d’Elzbieta dans L’enfance de l’art. Nous avons vu que pour Boel Westin.[1], il y a plusieurs cas de figure :

- L’auteur recrée une enfance rêvée : il écrit pour l’enfant en lui

- L’auteur est indifférent à la question

- L’auteur prend l’enfant comme un récepteur idéal

Nous avons pu observer que pour un certain nombre de chercheurs, le style d’écriture est identifiable grâce à quelques caractéristiques typiques : une écriture simplifiée voir épurée, une narration répétitive, l’utilisation de stéréotypes, le tout enrobé bien souvent d’intentions didactiques et pédagogiques. L’adulte-créateur va, en outre, transmettre des valeurs, des idées et de la culture à travers son œuvre. Au final, il ne faut pas perdre de vue que si une culture de jeunesse voit le jour, elle est presque entièrement inspirée par le monde adulte et ce dans tous les domaines médiatiques.

Les médiateurs et prescripteurs

Ainsi, par la force des choses, l’adulte est devenu l’objet éditorial de la littérature de jeunesse : c’est lui qui achète le livre pour l’enfant. Il faut attirer le parent / le professeur / le libraire ou tout autre adulte avant même de séduire l’enfant. Le livre de jeunesse doit avant tout convaincre cet acheteur potentiel.

L’implication de l’adulte dans la transmission ne fait que commencer dès lors que l’enfant tient le livre entre ses mains. Pour les plus jeunes, la lecture d’un album ne peut se faire qu’en présence d’un médiateur capable de lire et de lui raconter l’histoire. L’enfant-lecteur ou l’adulte fait cette lecture à haute voix, le plus petit « lit par l’oreille », son accès à l’histoire se fait exclusivement grâce au narrateur iconique. Pour faciliter cette lecture orale, les histoires peuvent être écrites au présent de l’énonciation (pour les dialogues) ou au présent de narration, ce qui donne l’impression au lecteur que les événements se passent au moment où il les lit. Au contraire du conte ou des histoires s’en approchant qui se produisent dans un passé indéfini, le narrateur hétérodiégéique est alors au passé simple et à l’imparfait.

 

Les éditeurs

Cette problématique touche aussi aux politiques éditoriales : ce sont bien souvent les éditeurs qui décident des catégories d’âges des livres qu’ils éditent et non les auteurs (à leur grand dam). Imposées par les éditeurs, ces catégories d’âges sont nées de la demande parentale et de l’analyse des différents publics, le tout dans le but de rentabiliser les ventes. En effet, vu l’abondance de la production actuelle, le classement par l’âge est le plus simple, suivi du système des collections et des séries.

Les critiques

Les critiques permettent de mieux cerner l’éventuelle fascination des lecteurs adultes pour certains livres de jeunesses. Il suffit de se pencher sur les commentaires et fiches de lectures, notamment sur internet pour apprécier l’amplitude du public de certains auteurs et de leurs ouvrages. Dans nos analyses d’albums, nous accorderons toujours une partie aux critiques qui nous permettront de voir ce que l’on dit sur ces albums en dehors du domaine de la recherche.

[1] WESTIN, Boel, Vad är barnlitteraturforskning dans BERGSTEN, Staffan (dir.), Litteraturvetenskap – en inledning, Lund, deuxième édition de 2002, p. 129-142.

Illustration de couverture : Le petit livre qui dit non ! de Swann Meralli (Auteur), Carole Crouzet 

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