Posted by on Avr 5, 2013 in Le double lectorat, Le mémoire, Littérature de jeunesse | 0 comments

Cette notion a été développée par plusieurs chercheurs au fil des années, les définitions qui lui sont données sont variables. Le terme metafiction a été forgé en 1971 par William Gass pour qualifier des récits de fictions postmodernes. Aujourd’hui, les chercheurs anglais tels que David Lewis en 1990 ou Maria Nikolajeva en 1996 utilisent volontiers le terme de metafiction ou de postmodernism, alors que les chercheurs français utilisent le terme de métatextualité. Cependant, le terme de métatextualité est ambigu, celui-ci apparaît dans les cinq catégories[1] de transtextualité[2] développées par Gérard Genette en 1982 et dont fait partie également l’intertextualité. Il est défini comme tel : « Relation, dite “de commentaire”, qui unit un texte à un autre texte dont il parle, sans nécessairement le citer ». Ce qui semble plus particulièrement définir une note ou un commentaire d’un ouvrage critique et non une relation avec un texte littéraire. Dans un ouvrage d’analyse paru en 2002, le Centre de Recherches Inter-Langues d’Angers a affiné la définition de la métatextualité appliquée à une fiction : « […] sans le limiter à la fiction post-moderne, on conviendra d’appeler « métafiction » tout texte de fiction comportant une dimension métatextuelle importante[3] »

Une autre définition de Wenche Ommundsen : «  Le texte de fiction sera métatextuel s’il invite à une prise de conscience critique de lui-même ou d’autres textes. La métatextualité appelle à l’attention du lecteur sur le fonctionnement de l’artifice de la fiction, sa création, sa réception et sa participation aux systèmes de signification de la culture[4] ».

La notion de métafiction désigne donc concrètement un type d’écriture autoréférentielle qui consiste à révéler ainsi qu’à commenter les mécanismes qui lui sont propres et cela grâce à des références explicites. Dans le cadre d’une fiction littéraire, la métafiction permet aux auteurs de jouer avec les conventions, d’interroger de manière consciente les codes propre à l’objet livre, mais également aux fonctionnements de la fiction et à ses relations à la réalité. Dans le cadre d’un album, les éléments métatextuels peuvent se retrouver aussi bien dans le texte, dans l’image ou de l’iconotexte. Il ne faut pas sous-estimer la part importante de sens apportée par le visuel, l’image offre de nombreuses possibilités grâce aux différents narrateurs possibles et aux jeux avec le support. La métafiction met le lecteur devant la réalité livresque, il ne peut s’évader, il est bien en train de lire une œuvre de fiction.

Une analyse de la métafiction porte sur le rôle du paratexte (éditorial, auctorial) et du péritexte mais également sur la place du livre dans le livre, sur les niveaux de narrations qui permettent les commentaires métatextuels.

Un personnage à tête de livre vient également au secours d’Ali. Il est l’esprit du livre. Cet album contient beaucoup d’autres jeux mélangeant aussi bien la métafiction, les jeux de langage, le carnavalesque et une intertextualité foisonnante.Par exemple, l’album Le plus beau des cadeaux de Lionel Le Néouanic[5] contient de nombreux jeux métatextuels. Dès la première page, le ton est donné : « Ali s’est levé tôt aujourd’hui, car il a un long voyage à faire. Sa copine Illa, l’a invité à son anniversaire. Et elle vient de déménager à l’autre bout du livre. C’est loin ! ». Le personnage fait un signe de la main en direction du lecteur. Un peu plus loin, un policier poursuit Ali : « il se trouve mal dessiné. Ça le rend furieux ». Ali court dans la page suivante : « le policier a disparu ! Il a dû se tromper de page ». Ce jeu se poursuit, Ali découvre un passage secret entre les pages du livre qui n’est autre qu’un intertexte visuel faisant référence à un tableau de Lucio Fontana, un « concept spatial ».

On retrouve ce principe dans l’album Le tunnel d’Anthony Browne[8]où l’héroïne va littéralement entrer dans son livre de conte (et précisément dans sa diégèse) par le biais de ce tunnel où elle part à la rescousse de son frère disparu.Un autre exemple, plus visuel cette fois est celui de l’album Parci et Parla[6] de Claude Ponti. L’auteur joue avec des nombreux cadres, il fait déborder ceux-ci, des personnages y entrent et en sortent. Il y a l’histoire figurée dans le cadre et celle figurée dans la partie blanche entourant ceux-ci qui est habituellement désémentisée : les poussins de Ponti courent et cabriolent dans cet espace. Il représente également l’objet livre en tant que tel, des personnages de contes y entrent. Ponti réalise ainsi dans son album une mise en abyme de l’acte de lecture : les personnages ainsi que le lecteur même peuvent entrer physiquement dans l’histoire (ainsi il représente sa fille entrant dans l’album qu’elle lit dans Adèle s’en mêle[7]).


[1] Les catégories de Gérard Genette sont détaillées dans le chapitre sur l’intertextualité.

[2] GENETTE, G., Palimpsestes : la littérature au second degré, Paris, Le Seuil, 1982

[3] LEPALUDIER, L. (dir.), CRILA, Métatextualité et Métafiction. Théorie et analyses,  Rennes, PUR, 2002, p. 10.

[4] OMMUNDSEN, Wenche, Metafictions ?, Melbourne, Melbourne University, Press, Interpretations, 1993, p. 12.

[5] LE NEOUANIC, Lionel, Le plus beau des cadeaux, Paris, Editions des Grandes Personnes, 2010

[6] PONTI, Claude, Parci et Parla, Paris, L’école des loisirs, 1994

[7] PONTI, Claude, Adèle s’en mêle, Paris, L’école des loisirs, 2004

[8] BROWNE, Anthony, Le tunnel, Paris, Kaléidoscope, 1989

 

LENSEN, Cécile, Une étude du double lectorat et de l’intertextualité transartistique dans l’album de jeunesse contemporain, Mémoire d’histoire de l’art, Université de Liège, 2012, [en ligne], disponible sur http://www.oldwishes.net/tales/?page_id=1061

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