Posted by on Jan 26, 2009 in Ecouter - La Source Opiall | 9 comments

Je venais de le découvrir et par la même occasion de passer une commande empressée de l’album sur leur site. Trois jours plus tard je recevais celui-ci : très soigné, rempli de photos poétiques dans lesquelles je me retrouvais si bien. C’était alors un univers romantique, tout droit sorti des classiques du XIXème siècle qui s’ouvrait à moi…

Hurle-vent.

Un hommage au roman bien connu d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent. Noir, violent et tragique, ce roman est considéré comme le dernier ouvrage majeur du courant romantique littéraire. Cela donne d’emblée le ton sur ce qui va suivre.

Un album-voyage

Les trois artistes qui composent le groupe « La fille d’octobre« parlent de leur projet comme étant un album-voyage, une histoire qui évolue de fil en aiguille, chaque musique est un chapitre d’un conte tantôt macabre, tantôt poétique et grinçant. (Ils racontent tout cela ici ). Ils comparent aussi cela aux films fantastiques des années 20, avec leurs clairs-obscurs, leurs personnages désespérés, les multiples rebondissements et enfin le dénouement.

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Chaque musique possède un interlude musicale, une introduction et un lien à la suivante. Ceux-ci sont très agréables. Cet album bénéficie en effet d’une instrumentalisation variée (une vingtaine d’instruments), entre symphonique et musiques de films. Les clins d’oeil en matière de BO sont d’ailleurs nombreux même si la part belle est à Danny Elfman (bo Sleepy Hollow, Nightmare Before Christmas, Charlie…). Ils se qualifient à ce propos de « groupe passerelle entre la chanson française sensible et mélodique, le rock orchestral et fougueux et une manière d’aborder la musique comme un art cinématographique« .

Une héroïne romantique

Une des particularités de cet album est de ne présenter que le point de vue d’une jeune femme, de l’héroïne, d’en faire le personnage principal même si a priori elle n’est que secondaire dans l’ouvrage littéraire original (Hamlet, Les hauts de Hurle-vent, La chute de la maison Usher, Casanova, La Trilogie de Gormenghast….). Ils associent leur création à d’autres personnages emblématique telles que Jane Eyre ou Tess d’Urberville. Cette héroïne est changeante, pluriforme, par moment désespérée, parlant d’une voix de morte, elle passe à d’autres instants par une folie positive et amoureuse, qui certes termine mal (Trop d’amour tue, Tout doit bruler). A la fin de l’album elle semble avoir trouver une certaine sérénité, elle attend le printemps sans crainte et accepte de mourir (le passage des saisons).

Promenade au gré de du vent

Sous les nénuphars est une chanson dédiée à une belle morte, une Ophélie qui raconte sa mort et son ressenti. Son histoire de fantôme figée dans l’étang bleu aux nénuphars.

« Noyée au fond de mon étang
Plus je m’endors et plus je pars
Pardonne moi, je n’ai pas le temps
J’espère ne pas être en retard
Pour voir ces mondes un peu plus sûrs
Où je pourrais, sous mon armure,
Cacher mon coeur
Et ses failles »

Elle n’hésite pas à parler de détails macabres (« figée de froid », « ma peau gonflée », « les mains accrochées sur la longue racine des nénuphares« ). Elle est résignée, elle a la force du désespoir et de mourir et conclut la chanson par une litanie :

« Plus le temps de penser à vivre, Oublie-moi, laisse-moi pour morte,
Ce moment sera dur à vivre, Prie pour moi que je sois forte ».

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Comme un fantôme d’Ophélie

Silence. Cette chanson pourrait faire office de dernière chanson et conclusion de l’album.

Cette chanson nous amène à une seconde, le crâne Corbeau, une introspection douloureuse, une femme qui voudrait parler, qui s’imagine tant de chose qui ne dépasse pas le barrage des mots, une écrivaine qui ne peut dire, une amoureuse muette qui observe l’objet de ses désirs envahie par tous les mots, rêvant qu’on la comprenne sans qu’elle ne le dise.

« Mais mon cœur est trop bête et ma gorge serrée ravale par avance les innombrables mots,
Les amours, les tempêtes dans mon âme de grenier où viennent, en silence, mourir les oiseaux ».

Cet amour devient folie, il la ronge à présent dans « Trop d’amour tue ».  Elle semble ici chercher tous les moyens qui pourrait la supprimer, tous ceux qui pourrait éveiller l’amant disparu, celui qui la refuse et qui la mène dans ces extrémités de chantage. A chaque menace elle s’adresse d’ailleurs à lui, lui demandant ce qu’il ferait. A noter que le clip vidéo de cette chanson est une adaptation du petit chaperon rouge…

Par la suite, elle abandonnera le monde, rêvant à une vie différente, à quelque chose d’autre qui l’attend sur sa lune. Un miracle intérieur ? Elle se défini comme une sœur d’Icare qui n’a plus peur de bruler son cœur.

Après ces séries de chansons plutôt sombres, l’histoire change. L’espoir en la vie et en l’amour semble revenir. Dans Peau d’âne est de retour, elle revient à ses rêves et elle y croit.

« L’amour est à la peine ce qu’une feuille est à l’eau, un bâteau d’infortune pour insecte blessé, Naviguant sous la lune quand la nuit est tombée ».

Elle s’abandonne totalement au prince de ses pensées, elle lui donne son coeur, sous sa peau d’âne. Par quelques détails, la chanson peut être un clin d’oeil au film de Jacques Demy, Peau d’âne.

La chanson « 7 Lieues » reprend le vocabulaire des contes, sautent de l’un à l’autre sans s’y attarder, à chaque enjambée. Le petit poucet, les contes des milles et une nuits, le chat botté, mais aussi tous ces animaux parlants qui guident l’héroïne à la recherche de son amour.

Mais recupérer son amour n’est pas encore aussi aisé, alors l’héroïne se fait « Madame Casanova », elle se fait pressante et séductrice.

« Je t’aime et je m’inquiéte que plus rien ne m’arrête. »

ou encore

 » J’ai d’incroyables ruses et un bon plan d’attaque pour te coincer, Mabuse, dans le fond de mon sac ».

Mabuse designe-t-il le roman romantique de Norbert Jacques, Docteur Mabuse le joueur ? Le personnage est d’ailleurs a rapprocher du film romantique allemand, le Cabinet du docteur Caligari. A noter que la musique de cette chanson n’est pas sans rappeler une chanson de Danny Elfman dans le film « Nightmare Before Christmas » (que je vous laisse deviner ^^) mais également les choeurs des Oompa Loompa dans Charlie

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Fugue au clocher

D’ailleurs je ne vais pas tout dévoiler, et je vous laisse découvrir les autres chansons et leurs thèmes vous même ! Sachez juste qu’après la ballade bucolique de Fugue au clocher, et l’orage, chanson dédiée aux souvenirs de l’enfance, l’héroïne retombera dans ses doutes et sa folie auto destructive (Tout doit bruler). Pour finalement s’apaiser dans le passage des saisons.

Je finirai avec une chanson qui n’est pas présentée sur la jacket du cd. Elle « hante » le cd et se découvre (est-ce que je fais bien de vous en parler ?^^). Elle est pour moi une allégorie de la folie, de la paranoïa, à tous ce qui nous fait peur vis à vis de nous même. Cette maison est l’esprit de la jeune femme, une prison hantée, où se trouve « la liste des plus terribles rendez-vous avec elle-même »….

« De peur je frémis dans le noir de devenir mon assassin,
tous les angles de ma mémoire sont des cachettes pour mes mains ».

Elle dit souvent qu’elle doit se réveiller, on pourrait donc y voir la nuit habitée de cauchemars. L’instrumentalisation de cette chanson est très proche d’une musique de cirque, étrange et désaxée. Par pour rien qu’ils ont voulu faire une choral « Freaks« … Projets (hélas ?) abandonné. Par certains cotés, l’héroïne me fait penser à Madeleine Usher, femme folle et mourante du roman d’Edgar Allan Poe, la Chute de la maison Usher.

En conclusion cet album se savoure dans sa musique, dans ses paroles, c’est un chemin de cailloux blanc qui nous présentes tant de références tous azimuts, qui éveille la curiosité.
Que de talent chez ces trois artistes (« l’hydre »), il n’y a plus qu’à espérer qu’ils trouvent leur public et qu’il y ait d’autres promenades littéraires et musicales à leurs cotés.

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« L’Hydre »

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